Que signifie réellement le terme « catholique » lorsqu’il est associé à une université ? C’est la question au cœur de l’émission « Campus en vie ! », diffusée sur RCF Hauts-de-France en partenariat avec la Fondation de la Catho de Lille. Pour y répondre, Paul Duchesne reçoit le Frère Franck Dubois, op., Président-Recteur délégué aux Humanités de l’Université Catholique de Lille.
Avec ses 43 000 étudiants et ses nombreuses formations, de la médecine au droit en passant par l’ingénierie ou le commerce, l’Université Catholique de Lille est avant tout une université pluridisciplinaire. Mais sa spécificité ne réside pas dans l’existence d’une « médecine chrétienne » ou de « mathématiques chrétiennes ». Elle se trouve plutôt dans une certaine manière de penser le savoir, la recherche et la formation.
Une université héritière d’une longue histoire
Pour comprendre ce que signifie une université catholique aujourd’hui, Fr Franck Dubois commence par revenir aux origines de l’université européenne. Les premières universités se sont développées dans le giron de l’Église. Pendant des siècles, les savoirs philosophiques, théologiques et scientifiques étaient étroitement liés. Peu à peu, les différentes disciplines se sont autonomisées et le savoir est sorti progressivement des monastères et des cathédrales pour rejoindre les villes.
Cette histoire permet de mieux comprendre une idée essentielle développée dans le podcast : la foi et la raison ne sont pas nécessairement opposées. Au contraire, dans la perspective présentée par Fr Franck Dubois, elles peuvent dialoguer et se compléter.
La foi et la raison, deux chemins qui peuvent se rejoindre
L’un des concepts centraux de l’échange est celui de logos, présenté comme la raison, la logique ou encore l’intelligence qui structure le monde. Pour Fr. Franck Dubois, la recherche scientifique participe alors à une quête de compréhension du réel.
L’objectif n’est pas de transformer chaque discipline en une science « chrétienne ». Un étudiant en médecine doit devenir un bon médecin, un ingénieur doit maîtriser son domaine et un juriste doit être formé aux exigences de sa discipline. La dimension catholique de l’université se situe ailleurs : dans la conviction que la recherche, quelle que soit sa spécialité, peut contribuer à mieux comprendre le monde et à servir l’être humain.
Cette conception conduit à placer l’homme au centre. La recherche n’est pas seulement une accumulation de connaissances ou une recherche de performance. Elle doit également interroger ce qu’elle produit et la manière dont elle contribue au bien commun.
Remettre l’humain au cœur de la science
C’est l’un des messages les plus forts de l’émission. Face aux progrès scientifiques et technologiques, le risque serait de réduire l’être humain à ses performances ou à ce qu’il est capable de produire.
Fr Franck Dubois insiste ainsi sur la notion de dignité humaine. Celle-ci ne dépend ni de la productivité, ni des capacités économiques, ni des performances individuelles. L’être humain possède une dignité propre, indépendamment de ce qu’il produit.
Cette réflexion conduit également à reconnaître la valeur de la fragilité. La limite humaine n’est pas nécessairement quelque chose qu’il faudrait supprimer à tout prix. Elle participe aussi de ce qui rend l’être humain vulnérable, capable d’aimer et profondément humain. Le chercheur est donc invité à repousser les limites de la connaissance tout en gardant comme horizon la dignité de la personne.
Cette philosophie se traduit concrètement dans la formation. L’émission évoque notamment le « Service-Learning » du parcours Humanités, qui consiste à confronter les étudiants au terrain et à les mettre au service des personnes les plus vulnérables. L’objectif est de ne jamais dissocier la compétence scientifique ou professionnelle de ses conséquences humaines.
Une liberté académique à protéger
Autre sujet important abordé dans le podcast : la liberté académique.
Pour Fr Franck Dubois, une université catholique doit être profondément attachée à la liberté. Cette liberté permet aux chercheurs et aux enseignants de mener leurs travaux sans subir de pressions politiques ou économiques, tout en conservant comme horizon la dignité humaine.
Cette liberté ne signifie donc pas que toutes les recherches se valent ou qu’aucune limite éthique ne doit exister. Elle signifie plutôt que les chercheurs doivent pouvoir chercher, questionner et approfondir leurs disciplines avec sérieux et autonomie. L’université doit créer les conditions permettant cette recherche libre.
L’émission souligne également que cette autonomie repose notamment sur le modèle de gouvernance et sur les soutiens financiers dont bénéficie l’établissement. Les représentants de la société civile, de l’Église, des enseignants et des étudiants participent ainsi à la gouvernance de l’université.
Une université tournée vers les plus vulnérables
Au fil de l’échange, une vision particulière de l’université se dessine : une institution qui ne cherche pas seulement à produire des diplômés performants, mais à former des femmes et des hommes capables de mettre leurs compétences au service des autres.
L’attention portée aux plus fragiles et aux plus vulnérables apparaît comme une véritable posture. Elle s’accompagne d’une ouverture intellectuelle et d’une volonté de maintenir l’humain comme horizon de la recherche.
La question devient alors moins « que peut-on faire ? » que « pour qui et dans quel but le faisons-nous ? ». Un ingénieur peut construire un bâtiment, un avion ou un bateau ; mais derrière chaque réalisation se trouve toujours une finalité humaine. C’est précisément ce lien entre compétence, raison et souci de l’autre que l’Université Catholique de Lille souhaite mettre en avant.
Une identité qui se traduit en actes
Au terme de cette émission, la catholicité d’une université apparaît donc moins comme une contrainte que comme une tradition intellectuelle et humaine. Elle repose sur la conviction que foi et raison peuvent dialoguer, que la recherche doit rester libre et que la dignité humaine doit demeurer un horizon essentiel.
L’enjeu est finalement de former des professionnels compétents sans perdre de vue la personne humaine. Chercher, innover, comprendre et repousser les frontières de la connaissance, oui, mais sans oublier pourquoi et pour qui ces progrès sont réalisés.
C’est peut-être là que se situe la réponse à la question posée au début de l’émission : être une université catholique ne signifie pas faire une science différente, mais porter un regard particulier sur la science, sur l’homme et sur la finalité du savoir.